L'Amour, sens originel et vision contemporaine

Publié le 8 Août 2013

A la recherche du sens originel grec, sans influence de la philosphie platonicienne, ni de la religion chrétienne

 

 

L’Amour originel chez les Grecs

 

La langue grecque ancienne ne possède pas un seul mot pour décrire l'amour, mais quatre, dans l'ordre alphabétique suivant :

 

  •  Agapè (ἀγάπη agápê)

Le mot agapè a parfois le sens d'Eros, mais plus souvent le sens de philia. Le dictionnaire grec donne les sens suivants au mot agapè:

1- Accueillir avec amitié, traiter amicalement,

2- se contenter de, être satisfait de,

3- Aimer, chérir.

Parmi les mots de même souche, on remarque agapètikos, tendre, affectueux, agapèteos, qui mérite d'être aimé ou désiré, agapèsis, affection, tendresse.

L'agapè est l'amour du prochain, une relation univoque que l'on rapprocherait aujourd'hui de l'altruisme. Il se caractérise par sa spontanéité, ce n'est pas un acte réfléchi ou une forme de politesse mais une réelle empathie pour les autres qu'ils soient inconnus ou intimes. L’agapè originel ne revêt pas cette connotation morale de responsabilité devant une autorité divine.


  • Eros (ἔρως / érôs)

Éros est le dieu de l’Amour et de la puissance créatrice. 

Eros, c'est le désir du bien sensible, mais aussi de tout autre objet digne d'attachement, la beauté par exemple. L'éros désigne l'attirance sexuelle, le désir.


  • Storgê (στοργή storgế)

La storgê décrit l’amour familial, comme l’amour, l'affection d’un parent pour son enfant.


  • Philia (φιλία philía)

La philia c'est l'amour désintéressé qui prend soin de l'homme, de l'ami, de la patrie, en qui la volonté et la noblesse de cœur ont maîtrisé les passions humaines.

La philia se rapproche de l'amitié telle qu'on l'entend aujourd'hui, c'est une forte estime réciproque entre deux personnes de statuts sociaux proches, le plaisir de la compagnie. Elle ne pouvait exister à l'époque qu'entre deux personnes du même sexe, du fait de l'inégalité entre les sexes. C'est une extension de l'amitié. 

 

 

L’Amour à notre époque selon les quatre appelations grecques

 

L'Amour possède quatre appellations chez les Grecs antiques, comment les définirions-nous aujourd’hui avec notre propre vocabulaire ? En deux mots :
 
Agapè = Affection altruiste
Eros = Désir sensuel
Storgê = Tendresse filiale
Philia = Affection complice
 
Bien entendu, ces notions ne sont pas « catégoriques », elles s’entrecroisent et se mélangent car on peut désirer ardemment quelqu’un parce qu’on le trouve beau. Eros décoche sa flèche, nous sommes submergés (avec la réciprocité, c’est plus solide pour la suite d’une relation)  par ce sentiment qui touche nos sens et nos sensations qui en découlent (transpiration, cœur qui bat plus vite, etc.), nous pouvons avoir aussi envie de nouer une relation affectueuse en étant serviable, aimable, amical (Agapè) et souhaiter qu’aboutisse au fil du temps une relation seine fondée sur la confiance et la complicité (Philia). L’Amour avec celui ou celle avec qui nous vivons au quotidien peut être un mélange d’Eros, d’Agapè et de Philia. C’est même à mon sens, l’Amour le plus parfait qui puisse exister dans la durée comme dans la forme.
 
 
Un cas à part : l’Amour filial
 
J’ai écarté l’idée de l’Amour filial fondé sur la tendresse que l’on ressent pour un proche (Storgê), là encore on pourrait rapprocher la tendresse filiale de l’affection complice (Philia) et de l’affection altruiste (Agapè). Cela me semble juste de penser que l’Amour réciproque du parent et de l’enfant puisse être à la fois affectueux et tendre mais également altruiste et complice.
Quant à l’Eros, le désir sensuel doit se faire dans la réciprocité, l’enfant possède sa propre sexualité, mais il est en pleine formation physique, physiologique et psychologique. Sa conscience de l’Amour n’est pas la même que pour l’adulte, son corps n’est pas non plus totalement formé, par conséquent, il est inacceptable qu’un adulte conçoive une relation sexuelle avec un enfant ! La pédérastie chez les Grecs est fondée sur des traditions, toutes les traditions ne sont pas forcément positives !

Je remets d’ailleurs en cause la tradition chrétienne qui fait de l’acte de chaire, un pêché, une pulsion animale et impardonnable. Je trouve cette tradition frustrante et injuste. L’Amour n’est pas un acte « sale » ou malsain, il est beau et innocent, on se laisse envahir par des sentiments et des désirs tout à fait nobles lorsqu’on aime. On fait honneur à celui que l’on aime lorsqu’on s’applique à le désirer sensuellement. L’aboutissement de ce désir sensuel doit se faire dans la réciprocité c’est pourquoi seuls les adultes peuvent en tout état de conscience consentir ou non à passer du désir sensuel à l’acte sensuel et charnel.

Quant au désir sensuel (Eros) et la tendresse filiale (Storgê), cet Amour là est également inacceptable car l’enfant doit être protégé, en pleine formation, le parent l’élève pour faire de lui un adulte bien dans sa tête et dans son corps, qui lorsqu’il atteint une maturité d’adulte, devient un être libre de voler de ses propres ailes et d’aimer à son tour librement. Un autre point qui nous montre que la nature est bien faite, il faut éviter les mélanges consanguins où les enfants qui naissent de ces unions filiales peuvent avoir d’importants problèmes génétiques. Cela fait une deuxième bonne raison que d’éviter de mélanger Eros et Storgê. Je ne parle pas de moralité ici, car cela relève de la religion chrétienne. J’essaie d’avoir une approche païenne de ce qu’est l’Amour.
Certains diront qu’il faut comprendre la sexualité des enfants. Je dirais qu’il faut laisser les enfants découvrir eux-mêmes les désirs sensuels et sexuels, ne pas leur cacher car il est absurde de cacher à un enfant ce qu’est la sensualité et la sexualité, mais il faut les laisser les découvrir entre eux à la fleur de l’âge par des baisers naïfs, c’est très bien ainsi. Il faut que l’innocence de l’amour fasse son œuvre, les adultes et les enfants peuvent éventuellement en parler, mais les adultes doivent laisser les enfants développer leurs propres sentiments, à leur rythme, uniquement entre eux.
 
 
L’Amour, entre sentiments et actes de bienveillance réciproques
 
j tm à la philoIl faut envisager l'amour en l'attribuant moins à ce qu'on espère recevoir d'une personne qu'à ce qu'on espère lui donner. (...) La générosité : et si c'était là le seul vrai ressort de l'amour heureux et durable ? La rencontre de deux générosités, qui désarment leur amour-propre, pour trouver chacune son bonheur dans la joie de l'autre, qui s'épaulent dans la bienveillance réciproque, voilà qui me semble être le secret de l'amour durable. (...) Les personnes généreuses savent donner et pardonner ; elles savent aussi recevoir et demander pardon. Enfin, elles savent exprimer leur gratitude envers la générosité de l'autre. (...) Comme le pense Descartes, pour qui la générosité est le propre des âmes bien nées, seul l'homme qui possède ce caractère fait un généreux usage de sa liberté et préfère les vraies valeurs aux valeurs d'emprunt, socialement célébrées. (...) C'est ce qui fait de lui le seul homme qui ne se laisse pas enfermer dans les stéréotypes promus en normes par la société. L'âme généreuse est la seule à pouvoir réinventer l'amour à l'abri des dogmes et des modes, loin de toute mystification, en se tenant à égale distance de l'idéalisme et du cynisme. Aussi l'amour n'est-il pas un savoir mais un apprentissage. (...) L'amour serait ainsi le généreux apprentissage de l'amour. » Citation de la philosophe Olivia Gazalé.
Je trouve cette définition de l’Amour parfaite, c’est exactement cela l’Amour, cela s’apprend et personne ne doit nous forcer à aimer, cela doit venir de soi-même pour aller vers les autres.
Le bonheur est lié à l’Amour, pour être heureux et rendre heureux ceux qui nous entourent, il faut se montrer généreux. Je ne parle pas de générosité uniquement matérielle, cela n’a aucun sens, j’évoque ici la générosité comme don de soi et abandon, dans la compréhension et la bienveillance réciproque. La générosité n’est pas une forme d’emprisonnement, on ne perd pas sa liberté, car avec la confiance, on doit se sentir libre et heureux d’aimer. Et aux diables les traditions qui nous par ailleurs nous emprisonnent mentalement et physiquement !
Aimons si nous le désirons, avec tendresse et affection, avec altruisme, complicité ou sensualité.

 

Méditer, c'est aimer le monde tel qu'il est


l-amour-a-deocuvert.jpgEn quoi la méditation serait un acte d’Amour ? En fait, prendre le temps d’observer les subtilités de la vie et de les apprécier en rêvassant, c’est aimer ce qui existe et remarquer ce que nous ne voyons plus au quotidien. Comme un enfant, nous redécouvrons le détail qui nous transporte ailleurs. Nous laissons le temps là où il est pour se concentrer sur l'instant présent. Avec béatitude, bien-être, bonheur nous faisons abstraction de nos soucis quotidiens, nous les laissons derrière nous et n'y pensons plus.

Fabrice Midal, philosophe en parle, il ne suffit pas de méditer pour imaginer un monde qui n'existe pas mais bien de s'ancrer dans le présent et observer le monde tel qu'il est. La composition du monde, ce qui relie chaque chose qui coexiste dans l'infiniement petit comme dans l'infiniement grand. Notre présence même en ce monde, miraculeuse, doit aussi faire partie de cet état de conscience méditatif.

Même si des lieux se prêtent davantage à la méditation que d'autres, il faut se lancer, car méditer, c'est se faire du bien, reprendre conscience de ce qu'on est et du monde tel qu'il est. C'est aimer l'ordinaire et l'extraordinaire. Car ce qu'on ne perçoit plus au quotidien devient alors extraordinaire à travers la méditation. Donc aimons, observons et méditons.

Source :

Rédigé par Fanny Veysset

Publié dans #Culture

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
If we dig the past, we can see the approach or perspective of Greek mythology with respect to love and affection. That is the reason why the Holy Bible speaks about love in most of the chapters especially in Corinthians.
Répondre