Un Festival culturel et oriental

Publié le 16 Novembre 2011

Le Festival Universitaire d’Evry « sur la Route de la Soie », entre les 15 et 17 mars dernier, a laissé une empreinte magique avec des découvertes culturelles originales et intéressantes.

 

affiche festival universitaireDeux spectacles ont été les marqueurs de cet événement : le paysage sonore créé par Michel Bertier, où vous pouvez lire ses impressions dans l’interview et le concert poétique, musical et théâtral donné par les enseignants et les étudiants du département arts et musique détaillé par Mickael Loup. (Cf JE Evry Way)

Ce Festival est ponctué par des conférences s’achevant par des débats passionnés notamment celle de « penser l’interculturalité » en coopération avec l’association Humbolt France (AHF) animé par Damien Ehrhardt, président de l’AHF et chargé de mission sur l’élaboration du projet culturel à l’Université d’Evry.

 

Abdoul H. Ba, maître de conférence et géographe, nous explique qu’il conduit des projets de développement culturels et que pour cela il faut prendre en compte la culture de chaque pays. L’interculturalité est une dynamique d’échanges intergénérationnels où il faut prendre en compte les différents champs culturels tels que la langue, la religion, l’art culinaire ou encore la musique. Cela ne nous empêche pas de ressentir une émotion à la culture des autres. Il préfère le terme « partage » de savoir à « transfert » de savoir. Il parle de « conflit » entre deux cultures lorsqu’il y a trop de « visuel », qu’une culture en efface une autre.

 

Hans Jürgen Lüsebrink, professeur à l’université de Saarbrücken en Allemagne, a évoqué « l’interculturalité » comme un moyen « d’améliorer la compréhension entre les cultures » par le dialogue, en se remettant en cause et en s’ouvrant à l’autre. Pour éviter un conflit qui peut-être une erreur d’interprétation ou un malentendu, il faut anticiper sur un univers de vie qui n’est pas le nôtre. Il évoque « l’interculturalisme » et le définit comme des contre-modèles américains et canadiens, centré sur les individus, respectueux des droits culturels et religieux. Tout est permis aux minorités tant qu’ils ne gênent pas les autres.

Il définit la « multiculturalité » comme l’ensemble des cultures politiques et religieuses. David Cameron et Angela Merkel ont déclaré dernièrement que « le multiculturalisme est un échec », ce qui signifie selon M. Lüsebrink qu’une vision optimiste du multiculturalisme est morte. Il cite Gérard Noiriel, historien spécialiste de l’immigration française : « le creuset français Républicain ne fonctionne pas. » Ainsi, toute l’Europe est concernée.

 

Gauche à dte Vuddamaley, Ba, Ehrhardt, LüsebrinkDe gauche à droite : Vuddamalay, Ba, Ehrhardt et Lüsebrink

 

"Penser l'interculturalité"

 

Que penser de ces opinions ou constats sur l’interculturalité ? Pessimisme ou réalisme ?

Les conflits entre différentes cultures ne sont pas uniquement propres à l’Union Européenne. Toutefois, puisque nous sommes européens, nous sommes avant tout concernés par ces problèmes là. Certains pensent qu’il serait préférable que l’on procède à une immigration choisie comme en Amérique du Nord, mais cette idée suscite débat et parfois même indignation sur le plan de l’éthique. Mais ne faut-il pas s’indigner uniquement lorsque ces valeurs sont partagées par tous ? Le choc des cultures ne vient-il pas lorsqu’une culture étant minoritaire, ne s’intègre pas forcément et devient presque aussi importante que la culture d’origine ?

La misère économique, le chômage et le manque d’intérêt que l’on porte aux individus dans les entreprises intensifient, par la même, ces différences culturelles qui se battent alors pour elles-mêmes, sans réel partage avec les autres. Car le vrai problème, ce n’est pas la culture des autres mais plutôt la possibilité de préserver la sienne pour ensuite peut-être s’ouvrir à celle des autres. Le vrai problème résiderait surtout du manque de confiance qu’ont les citoyens à l’égard de leurs représentants politiques, à tort ou à raison ; et surtout, l’échec économique dans lequel nos sociétés s’embourbent ; du manque de représentation démocratique causé par l’idée que la politique ne trouve de solutions que par son élite ; de l’absence de perspective d’avenir. Les immigrés risquent d’être les boucs-émissaires de certains citoyens, dangereuse dérive qui a mené dans les années 30 au fascisme européen que nos aïeuls ont connu. Ce qui est inquiétant, c’est la poussée de l’extrême droite dans toute l’Europe, nos hommes politiques évitant la douche froide pour l’instant, tant bien que mal, certains faisant la sourde oreille et semblant vouloir parfois juste préserver leurs privilèges. Alors que des citoyens européens sont révoltés et disent ne plus supporter la violence quotidienne, ces tensions « culturelles ». Stigmatisation ? Les médias en font-ils trop ? Ou est-ce réellement un malaise social et culturel qui s’est instauré ? Le monde arabe aussi se révolte, avec virulence, pas tout à fait pour les mêmes raisons, pour un désir de liberté, désir insufflé à la planète : les peuples veulent vivre dignement et s’engagés. Croire que les français ne souhaitent pas s’engager est une grossière erreur, les dernières Cantonales démontrent surtout qu’il y a une profonde déception du pouvoir politique dont l’extrême droite se sert pour allumer sa flamme. Loin de vouloir semer la zizanie ou la peur, mais si une majorité de gens, quelque soit leur culture, sont dans la souffrance et une minorité semble se voiler la face, la révolte peut être au bout, avec ou sans réseaux sociaux. Qui souhaite partager son travail lorsqu’il y a peu de travail ? Tout le monde ne peut pas se mettre en auto-entrepreneur et forcément réussir à gagner sa vie.

Alors, des spécialistes envisagent la mise en place de mesures protectionnistes contre d’autres qui prônent le maintien du libre-échange sous toutes ses formes avec ses conséquences : la libre circulation de ses citoyens européens, un besoin de main-d’œuvre donc d’immigration qui participe à la « relance » économique ou la décentralisation d’entreprises nationales dans les pays voisins.

Le problème, c’est le manque d’argent, bricoler autour, c’est tourner autour du pot et le décorer avec des fioritures. Maintenant, bien entendu toutes les solutions sont les bienvenus, mêmes celles qui apaisent les tensions sociales et qui crées de solides liens entre les cultures.

 

Vasoodeven Vuddamalay, géographe, souligne durant son intervention, que l’espace Républicain français ne permettait pas la résolution d’un certains nombre de problèmes. Notre chercheur se creuse la tête pour trouver éventuellement des solutions dans l’aménagement de l’espace. Il se refuse au modèle américain du ghetto, une fermeture de l’espace qui entretient le communautarisme. Il s’intéresse aux commerces qui donnent une identité à des quartiers, délimitent des territoires et étudie ainsi les relations qu’ont les minorités entre-elles. La connaissance de l’espace peut-être aidera à comprendre la dynamique interculturelle.

 

En comprenant mieux les minorités et en agençant mieux l’espace, les citoyens seront peut être moins enclins à subir ou à provoquer des tensions. C’est un projet à suivre.

 

Prtps-des-poetes.jpgLe Festival universitaire nous a réservé de nombreuses surprises : exposition des photos d’Eric Yao sur le thème des scènes de vie en Chine et en France en partenariat avec la mairie d’Evry avec le printemps des poètes, une projection du film « Le Roi des masques » de Wu Tianming et une intervention du sociologue Daniel Bachet, enseignant à l’Université d’Evry sur les coopératives de production et l’économie sociale.

 

Evry Way vous invite à lire avec curiosité et envie les différents articles à ce sujet. En ce qui concerne le Festival Universitaire 4ème édition, je vous dis à l’année prochaine, plus nombreux que jamais !

 

 

Fanny Veysset

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